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Bachar Kiwan : Média et Internet au Moyen-Orient

L’évolution médiatique au Moyen Orient

L’émergence de l’internet et les médias sociaux ont tant contribué à la transformation actuelle des médias. Ils ont même influencé le comportement des consommateurs en Moyen Orient. Les statistiques ont montré que pour accéder à l’information, chaque ménage sur deux...

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Depuis quelques années maintenant, le monde arabe connaît une profonde mutation au niveau de son secteur médiatique et technologique. Cette partie du monde est notamment en train de vivre en accéléré ce qu’a vécu, il y a maintenant une vingtaine d’années, les pays développés d’Europe, par exemple. On appelle cela la transition numérique. Les professionnels des médias traditionnels comme Bachar Kiwan sont aux premières loges pour remarquer ce nouveau phénomène. Les habitants du Moyen-Orient délaissent de plus en plus les médias traditionnels pour se tourner vers les nouveaux médias qui ont été apportés par Internet comme les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, etc.), les journaux pure players (journaux uniquement présent en ligne), les sites de streaming de vidéo (Youtube), etc. De plus, on note aussi une très forte augmentation du nombre de téléphone portable de type smartphone. En effet, maintenant, la quasi-totalité des habitants de cette région du monde possède un smartphone (téléphone portable qui rend possible la connexion à Internet). Ce paramètre change de manière drastique la manière dont la population appréhende l’information et les médias en général.

Tous ces changements bouleversent immanquablement la société et les professionnels du secteur médiatique doivent s’adapter à ces nouvelles pratiques pour ne pas se voir engloutir par les nouveaux médias. De ce fait, Bashar Kiwan et les autres professionnels des médias traditionnels doivent revoir leur stratégie et sont forcés de se plier aux nouvelles règles du numérique.

Cependant, il ne faut pas oublier que les médias traditionnels (télévision, presse écrite, radio) ont tout à gagner dans cette adaptation au monde digital. En effet, même s’ils perdent du terrain sur leur version papier pour les journaux, par exemple, ils peuvent, grâce à Internet, augmenter leur audience, toucher un nouveau public et profiter de nouvelles formes de rémunération. Nous avons une compréhension parfaite de ces enjeux et adaptons nos médias aux nouvelles normes digitales.

Bashar Kiwan est un professionnel du secteur médiatique. Cet homme d’affaire franco-syrien est le fondateur et le président de la compagnie al-Waseet International. Elle a été créée en 1992 au Koweit et son siège social est établi à Dubaï. Elle appartient au groupe Al-Wataniya qui possède notamment une grande multitude de publications comme al-Balad et Layalina. Cette grande maison d’édition s’est aussi développée dans les médias en général. Par exemple, elle possède al-Waseet qui est un journal de petites annonces, Layalina qui est un mensuel people, al-Balad qui est un quotidien, ainsi que des titres de renommée internationale comme Marie Claire, Gala et Fortune. En tant de professionnel du secteur médiatique, nous sommes fortement intéressés par Internet et la transition numérique et digitale qu’il impose aux médias traditionnels.

Dans cet article, nous reviendrons donc en détails sur les médias au Moyen-Orient au travers de l’exemple précis de la télévision satellitaire avant de nous intéresser au web 2.0 et aux modifications qu’ils imposent dans le monde arabe.

Les médias traditionnels au Moyen-Orient

Dans le monde arabe, les médias traditionnels sont en perte de vitesse. Cependant, ils ne sont pas tous touché de la même manière. La télévision s’en sort mieux que les autres médias puisqu’elle est encore majoritaire regardée contrairement à la radio et surtout à la presse écrite qui sont en perte inquiétante de vitesse. Retour sur les médias traditionnels au Moyen-Orient.

L’exemple des chaîne satellitaires arabes

La télévision satellitaire a permis, au moment de son lancement, de partager des informations dans un espace commun immense à des populations réparties sur tout un continent, voire plusieurs. Elles ont eu un impact tel qu’elles interagissent même directement sur les événements qu’elles décrivent. Elles jouaient d’ailleurs un rôle important dans les conflits au Moyen-Orient.

Le secteur de la télévision se porte plutôt vis-à-vis de la transition digitale qui a lieu. Cet état de fait peut s’expliquer par le fait que la télévision est un média relativement jeune. De ce fait, il attire toujours autant et les multiples programmes qu’il propose permet de toucher tout type de personnes. De plus, le niveau de vie qui augmente dans cette région du monde donne l’opportunité à plus en plus de personnes de s’équiper en poste de télévision. Les professionnels du secteur constatent d’ailleurs que les équipements TV se vendent beaucoup mieux qu’il y a quelques années.  

La radio, des audiences en légère baisse

La radio est impactée par le développement d’Internet et la digitalisation. En effet, différentes études ont montré que les audiences étaient en baisse de l’ordre de 10% entre 2013 et 2017. On peut expliquer cette situation par le fait que c’est un média plus ancien que la télévision. De plus, il est largement délaissé par les jeunes générations qui jugent que la radio est clairement moins attractive par rapport aux autres médias. Cependant, les professionnels du secteur médiatique comme Bashar Kiwan montre qu’il y a des solutions pour permettre d’adapter la radio au monde digital.

La presse écrite fortement impactée

La presse écrite est le média le plus touché par la transition digitale et l’arrivée du web 2.0. Les raisons sont doubles. D’un côté, il y a Internet qui a révolutionné la presse écrite en la digitalisant complètement et d’un autre côté, il y a les smartphones qui prennent de plus en plus de place dans le monde arabe.

De ce fait, les audiences des journaux traditionnels ont largement baissé entre 2013 et 2017 passant de 47% à 25%. Pour faire face à cette baisse flagrante de popularité. Avec le temps, l’homme d’affaires a su profiter de la digitalisation et l’a adapté à son secteur d’activité : la presse écrite. Il a connu la montée en puissance des blogs, des forums et des réseaux sociaux. Contemporain de cette époque, il s’est naturellement passionné pour ces nouveaux médias et il les a rapidement compris. Ainsi, il a pu adapter ses différents journaux à cette nouvelle ère. Par exemple, le poids des blogs a tellement pris de l’importance dans le paysage médiation arabe que al-Balad, et d’autres journaux, citent des articles de blogs comme sources de leurs propres papiers.

Ensuite, d’autres actions ont été menées pour moderniser son journal phare, al-Balad. Un site internet a été développé et permet aux internautes de profiter des actualités en temps réel. De plus, les réseaux sociaux apportant une réelle valeur ajoutée en terme d’interactivité avec le public, le journal s’est implanté sur Facebook.

Les médias traditionnels au Moyen-Orient ont donc subi de plein fouet la venue des nouveaux moyens de communication et d’Internet. Même si, de manière générale, les audiences sont en baisse, les professionnels du secteur se sont adaptés au monde numérique. Le journal al-Balad, de Bachar Kiwan, en est un parfait exemple. Cependant, l’apparition du web 2.0 n’a pas fait que bouleverser les médias traditionnels, il a également forcé le Moyen-Orient tout entier à s’adapter.

L’adaptation du Moyen-Orient face au web 2.0

Grâce aux innovations technologiques et aux développement des nouveaux moyens de communication, les deux tiers de la population mondiale peuvent communiquer grâce à un téléphone mobile, même là où il n’y a pas de ligne fixe ou d’électricité. Ces nouvelles formes de communications se sont largement démocratisées dans le monde arabe et en très peu de temps. Comme en introduction, le Moyen-Orient connaît la transition digitale en mode accéléré. De ce fait, la population a même développé leurs propres systèmes de communication comme l’envoi de SMS pour échanger, les blogs pour partager des idées et l’utilisation de Skype pour discuter. Enfin, le peer-to-peer rend possible le transfert de n’importe quelle donnée numérisée.

Au Moyen-Orient, on constate aussi que le système bluetooth est aussi très utilisé pour court-circuiter les médias traditionnels pour se partager directement de l’information dans la sphère publique. Pour Manuel Castells, professeur à l’Annenberg School for Communication à Los Angeles, ce phénomène se présente comme une nouvelle forme sociale de communication. On constate d’ailleurs que cette tendance a été reprise par les milieux activistes pour mobiliser et partager des idées. Néanmoins, les médias traditionnels tentent de faire la même chose avec leur puissance commerciale et médiatique déjà établie.

Néanmoins, il est important d’apporter de la nuance. Comme le précise le professeur, cela ne signifie pas qu’il y a, d’un côté, les médias traditionnels et, de l’autre, les médias de masses individuels. Les deux formes de médias ne sont pas en opposition mais sont plutôt complémentaire. Elles s’observent, se scrutent et se jugent. Ainsi, chacun s’adapte en fonction de l’autre. En effet, les médias traditionnels peuvent désormais, grâce à Internet, toucher plus de personnes et diversifier leur plateforme de partage d’informations tandis que les nouveaux médias profitent du professionnalisme et de l’expérience de la télévision, de la radio et de la presse écrite dans la diffusion de l’information.

L’essor d’Internet dans les pays du Moyen-Orient est donc rapide et fulgurant. D’après une récente enquête datant de janvier 2017, les pays du monde arabe concentrent plus de 362 millions d’utilisateurs d’Internet. Face à un tel chiffre, qui ne fait qu’augmenter d’années en années, d’ailleurs, il est indispensable que tous ces pays s’adaptent à leur manière. Cependant, l’arrivée massive d’Internet est aussi accompagnée par l’explosion impressionnante des smartphones dans le quotidien des habitant de cette partie du monde. Retour sur ce point important.

Un exemple des enjeux de la digitalisation du GCC

Un point sur les smartphones

 

Comme le constate tous les professionnels du secteur des médias traditionnels, comme Bashar Kiwan, l’impressionnante hausse du nombre de téléphones portables au Moyen-Orient modifie complètement la manière dont la population consomme de l’information au quotidien. En effet, bien avant que les smartphones n’existent, les informations passaient exclusivement par les journaux papier. L’actualité n’était donc pas consultable en temps réel, même si des parutions quotidiennes existaient, il y avait toujours un léger décalage. Ensuite avec l’arrivée de la télévision, les choses ont déjà commencé à bouger de manière drastique : l’information était continue sur certaines chaînes de télévision spécialisées. Les téléspectateurs pouvaient donc, s’ils le désiraient, rester constamment informés en temps réel des actualités régionales, nationales et mondiales. Cependant, avec l’arrivée d’Internet et surtout des smartphones, la situation a dépassé un cap. Dorénavant, en plus d’être informé en temps réel et de manière quotidienne, les utilisateurs sont maintenant noyés dans la masse des informations qui leur parviennent. Il est maintenant très difficile de déconnecter complètement. Les notifications sur l’écran des smartphones sont maintenant trop nombreuses et si les utilisateurs sont abonnés à plusieurs fils d’actualité, ils croulent sous les informations et faire le tri devient extrêmement compliqué. Néanmoins, il est important de préciser que, malgré cet état de fait, la population arabe est amatrice de smartphones et des avancées technologiques qu’ils permettent.

De même, l’arrivée massive des téléphones mobiles dans le quotidien des habitants du monde arabe a changé de nombreuses choses. Cet outil technologique force les professionnels du secteur médiatique traditionnel, comme Bashar Kiwan, à s’adapter à cette nouvelle manière de consommer l’information. Consulter les actualités sur son téléphone portable est d’ailleurs une activité quotidienne de la part des habitants de nombreux pays du Moyen-Orient. Elle est très appréciée et populaire en Arabie Saoudite (85%) et aux Emirats Arabes Unis (86%).  De ce fait, les médias traditionnels doivent aussi s’adapter à l’arrivée de ce nouvel outil technologique. En effet, les sites des journaux présents en ligne doivent être responsive, c’est-à-dire adaptables sur n’importe quel écran. Ensuite, pour se caler sur les standards actuels dans le secteur des nouveaux médias, les sites d’actualité doivent impérativement fournir un contenu digital quotidien. De plus, les informations doivent être de qualité et concernées les habitants des pays du monde arabe. Pour finir, il est intéressant de noter que les informations peuvent aussi être transmises sur les réseaux sociaux qui sont aussi largement consultés sur les téléphones mobiles.  

Le domaine de l’information n’est pas le seul à être perturbé par l’arrivée des smartphones. En effet, ils ont même changé la manière dont les personnes communiquent. Les réseaux sociaux ont pris une place très importante dans le paysage médiatique arabe. Ils sont de plus en plus utilisés aussi bien pour défendre des idées que pour communiquer de manière basique. Les réseaux sociaux alliés aux smartphones peuvent être un excellent moyen pour les médias traditionnels de se mettre au digital. L’interaction avec les lecteurs est au cœur de ce processus. Elle permet de fidéliser l’audience, de proposer des échanges entre les utilisateurs et est un très bon moyen de communication.

 

 

Le développement d’Internet au Moyen-Orient a lourdement perturbé les médias traditionnels. Cependant, les professionnels du secteur, comme Bashar Kiwan, commencent à s’adapter à cette nouvelle ère du tout numérique. Il en va même de leur survie. Mais, il est important de préciser que le tableau n’est pas tout noir. En effet, la révolution digitale peut être une formidable opportunité de développement pour les médias qui parviennent à prendre le virage dans les meilleures conditions. Cependant cette révolution présente aussi des perspectives d’avenir dans d’autres domaines comme la politique, l’économie et le social.